Maman Sorcière

Mwene Chabu

Maman Sorcière

Aux confins du Congo, dans la région de Sankuru, les soins oculaires se font rares. Les habitants peuvent uniquement compter sur les services de l’ophtalmologue Richard Hardi. Une à deux fois par an, celui-ci se rend en mission sur le terrain afin d’aider les personnes les plus isolées. Au départ de sa clinique à Mbuji-Mayi, il se munit de tout le matériel nécessaire : un microscope opératoire, des lentilles, un générateur, des lunettes… À bord d’une jeep, son équipe et lui voyagent pendant deux jours sur des routes laissées à l’abandon jusqu’à la petite ville provinciale de Lusambo. Le docteur y reste deux semaines pour examiner et opérer des patients.

Sur place, des personnes aveugles et malvoyantes de Sankuru affluent de toutes parts. Des semaines à l’avance, les travailleurs communautaires annoncent la venue du Dr Hardi. « Le docteur Miracle » est en route… L’une de ses patientes, Mweme Chabu, une jeune mère de deux enfants, guette son arrivée. Complètement aveugle, elle parait très mal en point. Rongée par la faim et sans ressources, elle dépend totalement de sa fille de dix ans. À bout de bras, elle porte aussi son fils, un nourrisson dont les larmes semblent inextinguibles.

« Il y a quelques années, un épais brouillard est apparu devant mes yeux. Ma vision est devenue tellement trouble que je suis maintenant incapable de voir quoi que ce soit. Cela devient invivable car je ne peux plus rien faire toute seule. »

Mweme Chabu & family Mweme Chabu

Mweme et ses enfants juste avant l’opération de son deuxième œil. Sa cataracte est clairement visible.

Très vite, la situation prend une tournure dramatique pour Mweme et ses enfants : « J’ai été bannie de mon village. Mes voisins pensent que j’ai vendu mes yeux pour faire de la magie noire. Ils m’ont donné un sobriquet : ‘Maman Sorcière’. Mais je n’ai rien d’une sorcière. Je suis juste extrêmement malchanceuse. Tout le monde m’a tourné les talons lorsque j’ai perdu la vue. Mon mari m’a quitté. Ensuite, les villageois m’ont chassée de la communauté. »

L’histoire de Mweme démontre clairement qu’il subsiste en Afrique une grande méconnaissance de la cécité, renforcée par de nombreuses superstitions. Il est donc primordial d’informer les habitants sur les causes et les traitements possibles de ce mal.

Médard est infirmier et s’est spécialisé en ophtalmologie, un domaine dans lequel il excelle. Il habite à Lusambo et descend souvent la rivière de Sankuru pour aller à la rencontre des personnes souffrant de problèmes oculaires. À tous, il conseille de venir en consultation chez le Dr Hardi lorsqu’il est de passage dans le coin. Lors de l’un de ses tours de sensibilisation, Médard a rencontré Mweme Chabu et ses enfants. « Je les ai vus mendier le long de la route. J’ai directement remarqué leurs conditions de vie déplorables. Une mère qui ne peut plus s’occuper de ses propres enfants, cela fait peine à voir, » déplore-t-il. L’infirmier embarque donc la famille sur une pirogue pour l’emmener à la clinique de Lusambo, où arrivent quelques jours plus tard le Dr Hardi et son équipe.

Mweme Chabu & daughter

Mweme et sa fille juste après l’opération.

La fille de Mweme tient prudemment sa mère par la main et l’emmène à la salle de consultation de fortune de l’ophtalmologue. Celui-ci lui diagnostique une cataracte dans les deux yeux. Les cristallins de la jeune femme sont tellement embrumés qu’elle parvient à peine à distinguer les ombres.

Le lendemain, Mweme attend son tour devant la salle d’opération. Aujourd’hui, le Dr Hardi va opérer son œil droit. Pas une once de crainte chez elle : « De toute façon, je ne vois déjà plus rien. Les choses ne pourront que s’améliorer ! Je veux vraiment guérir. » L’opération prend à peine une dizaine de minutes et s’effectue sous anesthésie locale. Le jour suivant, l’infirmier retire doucement son pansement oculaire. Mweme bat un peu des paupières, mais elle a bel et bien retrouvé la vue qu’elle avait perdue il y a plusieurs années. Heureuse, elle pousse un cri de joie. Sa fille essaie de lui tirer la main pour sortir un peu, mais elle refuse. C’est que maintenant, elle peut enfin se promener librement ! Pour les personnes qui assistent à la scène, le moment est éblouissant. Ses enfants, les infirmiers, les autres patients, tous se mettent à l’applaudir très fort.

Patients Lusambo

Mweme et les autres patients opérés le même jour par le Dr Hardi à la clinique de Lusambo.

Quelques jours plus tard, c’est au tour de son autre œil d’être opéré. « Je suis tellement contente de pouvoir voir de nouveau. Je serais capable de pleurer de joie, mais je n’ose pas trop de peur de redevenir aveugle… » Elle embrasse chaleureusement chaque personne qui l’a aidée : ses enfants, Médard et le Dr Hardi. Maintenant, elle se sent prête à retourner dans son village et à montrer aux habitants qu’elle n’est pas une sorcière.

Mweme Chabu & daughter Mweme Chabu & Médard

Lorsque le bandage est retiré de son œil, la joie est énorme. La fille de Mweme (à gauche) regarde sa mère, incrédule. Elle peut enfin voir à nouveau. Ravi, Médard (à droite) félicite Mweme.

Un an après l’opération, le Dr Hardi est de retour à Lusambo et Mweme lui saute au cou. Subjuguée, elle n’a pas de mots pour le remercier. Après un contrôle de son œil, le docteur confirme que sa vue est impeccable.

Richard & Mweme

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